Page 3 - Balliet - Polygone d'artillerie de Strasbourg au 18 et 19e
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Artillerie & Fortifications
Le polygone d’artillerie de la place de Strasbourg dans les années 1780-1820.
Les témoignages sont bien évidemment assez rares, pourtant, au hasard de la lecture d’un alsatique, on découvre un texte particulièrement intéressant... Extraits de la promenade d'un jeune didachophile, en Alsace, en Suisse et en Allemagne, dans l'été de 1786 1.
Lettre X, 10 juillet 1786
Hier, mon ami, je ne respirais que dévotion, tranquillité et volupté ; aujourd'hui Mars et toutes ses fureurs se sont entièrement emparés de moi. Je ne désire que combats, le bruit des canons retentit encore à mes oreilles, je ne vois plus qu'armes à feu. Je vais tâcher que mon récit fasse le même effet sur toi.
À peine le soleil pouvait-il fournir assez de lumière pour faire connaître que cinq heures étaient sonnées, qu'accompagné de M. d'H. J’avais pris la route qui conduit au lieu d'exercice. Quand il n'y eut pas de chemin de tracé, le bruit des canons nous l'aurait indiqué ; bientôt une fumée épaisse, et un bruit plus violent nous ont avertis que nous approchions.
Enfin, nous avons été témoins de la manière dont les canonniers se dirigeaient, pour atteindre au but placé contre une redoute de terre, dans laquelle venaient s'enfoncer les boulets. Ils s'étudiaient surtout à essayer une pratique tout à fait nouvelle, et qui ne peut manquer d'être utile : c'est-à-dire, à pointer le canon de façon à incommoder l'artillerie ennemie, quoique cachée derrière un retranchement. Il y avait des piquets plantés de distance en distance, au moyen desquels les ingénieurs prenaient leurs dimensions et faisaient leur rapport, afin de corriger ce qu'il pouvait y avoir de défectueux dans la manière de pointer.
D'un autre côté, des bombardiers, cachés derrière un rempart, dirigeaient leurs bombes vers un tonneau planté au bout d'une perche, et qu'ils ne pouvaient pas voir, mais dont ils connaissaient la direction au moyen de fiches plantées sur le rempart. L'adresse avec laquelle ils agissaient n'égale pas le plaisir qu'ils y prenaient : la joie et la satisfaction étaient répandues sur leurs visages, et c'était moins un travail pour eux qu'un amusement.
Auprès de l'emplacement destiné aux exercices, est un bâtiment, qui entr'autres munitions de guerre, renferme les gabions d'osier qui servent à garantir les sapeurs, et les casques qui les préservent des balles de fusil dont ils viendraient à être frappés.
Stœber, pp. 189-192. Barbier [5755] attribut le texte à Lambot fils. Cf. Blog Artillerie & fortifications
Balliet J.M. — Un aspect méconnu de la place de Strasbourg : le polygone d’artillerie au début du 19e s. p. 3
Fonds Dr Balliet — Colmar
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